Cladogonium ogishimae, l’algue parasite des crevettes

J’ai quelques fois parlé sur ce blog d’une maladie de crevettes d’aquarium ressemblant à une sorte de champignon vert poussant sur les pléopodes (pattes nageuses) de l’animal. Certains pensaient que c’était un parasite de l’énigmatique groupe des Ellobiopsidés mais une autre hypothèse a commencé à s’imposer au cour de ces dernières années, celle d’une algue parasite. En effet des chercheurs japonais ont découvert en 1971 une algue verte proches des Cladophora parasitant les crevettes des genres Neocaridina et Macrobrachium au niveau des pléopodes, bien avant que les premiers cas soient observés en captivité où que la maintenance de crevettes même soit à la mode. Les aquariophiles n’étant pas biologistes il a fallu des décennies pour que cette découverte refasse surface. La ressemblance est frappante mais certains étaient réticents et s’accrochaient à l’hypothèse des Ellobiopsidés.

J’ai eu enfin l’occasion de récupérer deux crevette infectées (dont une très touchée) et je remercie Chloé pour son coli.

Au microscope il est clair que le parasite observé est identique aux algues découvertes en 1971. Les filaments sont d’ailleurs très similaires à ceux d’une Cladophora, à la notable différence que les cellules sont totalement incolores. L’algue ne puise donc pas son énergie de la photosynthèse mais des nutriments contenus dans le corps de la crevette. Les cellules ne contiennent pas non plus d’amidon, longue molécule permettant aux algues vertes et aux plantes de stocker l’énergie produite par la photosynthèse.

Ce qui est vert ce sont les sporanges , contenant chacune des centaines de spores prêtes à être libérées dans l’eau à l’assaut d’un nouvel hôte. On peut d’ailleurs observer plusieurs stades de développement des spores, d’abord incolores et fines, puis vertes, lisses et gonflées, puis débordantes de spores.

Ces sporanges sont photosynthétiques et sont gorgées d’amidon, coloré en violet après un bain de Bétadine.

Les petites spores sont mobiles et autonomes, elles peuvent vivre quelques temps sur leur réserves d’amidon le temps de trouver une nouvelle crevette.

Il n’existe à ce jour aucun traitement efficace connu, le parasite étant très différent biologiquement de tous les autres parasites connus et habituellement traités. Ce n’est pas un protiste sensible au bleu de méthylène, pas un ver sensible aux vermifuges et il est probable qu’il ne soit pas non plus sensible aux algicides bloquant la photosynthèse, puisque seul la reproduction nécessite de la lumière. Le blackout envisagé par certains ne semble pas efficace, puisque deux semaines passées dans les camions de la Poste n’ont pas fait régresser le parasite.

Je vais néanmoins profiter de la présence de ces deux crevettes chez moi pour tenter quelques autres approches comme les tanins ou l’eau oxygénée diluée, ou l’aspirine.

References:

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