Microfex (Dero sp.)

Les vers du genre Dero sont de petits vers naididae avec un mode de vie similaire à celui des vers Tubifex, d’où leur surnom « microfex ». Ils s’en distinguent notamment par une taille beaucoup plus réduite et surtout la présence d’une fosse branchiale caractéristique entourant l’anus du ver. C’est un genre essentiellement tropical bien que l’on trouve 5 espèces en Europe. Dans la nature on les rencontre surtout dans les sédiments et dans les plantes flottantes. En aquarium on peut les rencontre surtout dans le sable et dans les masses filtrantes, surtout pendant les premières semaines d’un aquarium pendant le bloom bactérien. Ils sont aussi utilisés comme nourriture vivante. Ils font partis des « detritus worms » des anglophones.

Dans un récipient vide ils forment des amas compactes similaires à ceux formés par les Tubifex. On peut le voit plus rarement se déplacer sur les vitres ou nager dans l’eau comme un serpent. Il apprécie les eaux peu oxygénées où son hémoglobine et ses branchies lui donnent un net avantage sur ses concurrents.

Le microfex se reproduit essentiellement par fragmentation. Un étranglement apparaît au niveau de la queue formant un nouvel individu appelé zooïde. Une fois formé ce dernier se détache et adopté un comportement normal au bout d’une semaine. Plusieurs zooïdes peuvent se former à la chaîne et donner à Dero sp. une longueur très variable allant de 0.5 à 3cm. La reproduction sexuée est plus rare.

Espèces:

Cet article traitera pour des questions pratiques en même temps des genres Aulophorus et Allodero qui sont souvent considérés comme des sous-genres de Dero ainsi que superficiellement de quelques genres proches.

Dero s. str.: le (sous)genre Dero est caractérisé par des branchies lamelliformes et l’absence de papilles derrière la fosse branchiale.
Dero digitata possède quatre paires de branchies.
D. nivea et D. obtusa possèdent tous deux deux à trois paires de branchies sans papilles mais avec une projection en arrière de la fosse caractéristique pour Dero nivea. Ce dernier ainsi que le très similaire Dero sawayai peuvent vivre dans l’ombilic d’escargots comme les ampullaires. Ce ne sont pas des parasites mais des détritivores commensaux qui se nourrissent des déchets accumulés dans la cavité.
Dero dorsalis possède 5 paires de branchies.


Aulophorus: les Aulophorus sont caractérisés par des branchies digitiformes et la présence de deux longues papilles entourant la fosse branchiale.
Aulophorus furcatus possède trois paires de branchies.
Aulophorus vagus est assez courant en aquarium et facile à reconnaître puisqu’à l’image des phryganes il se construit un tube de débris. Il n’a aucune branchie, seulement deux longues papilles.
Aulophorus superterrenus vit dans les cuvettes d’eau des broméliacées et se déplace à dos de grenouille de plante en plante. C’est le plus proche cousin des Allodero, (sous)genre rassemblent essentiellement des espèces commensales du tract urinaire de batraciens tropicaux bien qu’une espèce africaine ai un mode de vie libre.

Certaines espèces proches peuvent être inclues dans le genre Dero selon les classifications moléculaires et possèdent un comportement très similaire. Les Allonais ne possède ni branchies ni papilles anales mais une fosse anale dorsale similaire à celle des Dero. Les Branchiodrilus est plus grand que Dero et toutes ses soies dorsales sont transformées en branchies.

Nourriture vivante

Dero sp. contient environ 60% de protéines, 11% de lipides et 7.2% de glucides. Riche en protéine, très prolifique et facile à élever, idéal pour la croissance des alevins et pour stimuler les instincts des petits poissons de banc. C’est pourtant une espèce peu élevée en occident mais très populaire en Russie, héritage de l’ex-URSS où ce ver était cultivé à grande échelle pour la pisciculture.

L’une des raison pour laquelle les microfex ne sont sont pas très populaires en occident vient peut-être d’un papier décrivant l’élevage de ces vers en laboratoire avec une méthodologie et des résultats douteux (Mischke & Griffin 2011) ayant entrainé de nombreuses expériences décevantes. La légende urbaine comme quoi l’aération serait nuisible aux microfex en est très probablement originaire alors qu’elle est vitale si le ver est élevé en pleine eau.

L’élevage en Russie se fait généralement dans un petit récipient contenant une éponge synthétique et de l’eau, sans aération. La nourriture la plus commune est de la farine d’avoine, des flocons d’avoine broyés ou de purée pomme de terre. La culture est très prolifique moyennant un changement total de l’eau journalier.

D’autres méthodes de culture ont été développées. Certains l’élèvent sur de la laine de coco détrempée qui qui permet d’avoir une culture nécessitant moins d’entretient et aucune odeur en échange d’un rendement moindre. Cette méthode est inspirée de l’élevage d’enchytrées et de vers Grindal et de fait plusieurs variantes de l’élevage de ces derniers peuvent être adaptés aux microfex à condition de garder une hygrométrie très élevée.

Une autre méthode consiste à élever les vers dans un grand récipient plein d’eau avec une aération ou un changement d’eau continu par débordement. La nourriture (épinards, foin, peau de banane, épluchures de carottes…) est déposée dans une mangeoire bien aérée ou à même le sol. La récolte se fait en ramassant manuellement des amas de vers ou en coupant l’aération ce qui force les vers à rechercher l’oxygène en surface et à s’agglutiner sur les parois.

Il existe également un brevet soviétique de ferme de production massive de microfex dans un grand récipient conique doté de plusieurs mangeoires verticales fonctionnant sur un principe similaire. La récolte se fait en même temps que les changements d’eau et le nettoyage du fond en ouvrant le robinet fermant le bas du cône. Cette méthode est encore utiliser par certains aquariophiles russes pour nourrir de grandes fishrooms.

Dans de bonnes conditions les Dero se reproduisent très vite, doublant en nombre tous les 5 jours voir moins. Ils apprécient une température entre 22°C et 28°C et il est conseillé de viser le bas de la fourchette pour les méthodes sans aération et le haut de la fourchette pour les grands élevages bien aérés. Une rumeur voudrait que l’on puisse aisément élever Dero et Moina macrocopa (une très petite espèce de daphnie) dans le même récipient mais cette pratique n’est pas observée.

Références

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *